Comprendre le Budget de la Nation

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La Déclaration de Politique Générale du nouveau chef du gouvernement sénégalais est attendue dans les jours ou semaines à venir. La question du budget sera sans doute un des sujets importants qui seront abordés par le Premier ministre M. Ousmane Sonko lors de son adresse à la Représentation nationale. Il s'agit, en effet, d'un sujet crucial qui concerne tous les citoyens, car relatif à la façon dont notre argent, à nous tous, est géré par les autorités administratives.

Seulement voilĂ , les textes de lois de finances qui dĂ©finissent le budget de la Nation sont d'une telle complexitĂ© que seuls les spĂ©cialistes des finances publiques ou ceux qui se donnent la peine de les Ă©tudier sĂ©rieusement, c'est notre cas, sont en mesure d'en saisir tous les aspects. Ceci est d'autant plus regrettable que cette mĂ©connaissance des mĂ©canismes du budget et leurs implications dans la vie nationale est un terreau favorable Ă  la mal gouvernance, qui conduit nos gouvernements Ă  faire un peu n'importe quoi avec nos ressources financiĂšres sans ĂȘtre challengĂ©s par leurs administrĂ©s que nous sommes.

Pour aider le citoyen lambda à avoir une meilleure compréhension du budget et briser cette logique de méconnaissance généralisée de la gestion du budget, nous avons conçu un modÚle de synthÚse du texte de loi de finances. Cette synthÚse devant permettre, grùce à des graphiques et des schémas simples sur une seule page et d'un glossaire, d'en saisir les points saillants et de comprendre la signification des principaux agrégats de la loi de finances, leurs interconnexions et leurs implications.

L'objectif poursuivi dans cet article, et ceux que nous que publions rĂ©guliĂšrement, est de permettre une meilleure veille citoyenne sur la gouvernance de nos ressources et d'Ă©clairer le dĂ©bat public sur des aspects mĂ©connus de la gestion budgĂ©taire. Cela permettra, en l'occurrence, d'Ă©viter la manipulation, en particulier de ceux qui comparent dĂ©jĂ  la gestion budgĂ©taire des nouvelles autoritĂ©s avec la leur quand ils Ă©taient au pouvoir. Le nouveau gouvernement ne fait en rĂ©alitĂ©, jusqu'ici, qu'exĂ©cuter le Budget dont ils ont hĂ©ritĂ©, ce qui est d'ailleurs regrettable. Une loi de finances rectificative aurait dĂ» ĂȘtre prĂ©sentĂ©e avant toute chose, au vu du dĂ©sĂ©quilibre scandaleux qui continue d'y avoir entre les dĂ©penses de fonctionnement et celles consacrĂ©es Ă  l'investissement. Nous espĂ©rons qu'avec cette synthĂšse graphique, ces enjeux seront mieux cernĂ©s par nos concitoyens.

SynthÚse de la Loi de Finances Initiale 2024 du Sénégal

Notes Explicatives

Loi de Finances

La loi de finances est une loi adoptĂ©e par le parlement qui dĂ©termine, pour une annĂ©e civile, la nature, le montant et l'affectation des ressources et des charges de l'État (les recettes et les dĂ©penses). Elle est le principal instrument de la politique budgĂ©taire et fiscale de l'État.

Loi de Finances Rectificative

Une loi de finances rectificative modifie, en cours d'année, les dispositions de la loi de finances initiale. Elle permet d'ajuster les prévisions de recettes et de dépenses en fonction des évolutions économiques et financiÚres imprévues.

Budget Général

Le budget gĂ©nĂ©ral du SĂ©nĂ©gal reprĂ©sente l'ensemble des ressources et des charges de l'État pour une annĂ©e budgĂ©taire donnĂ©e. Il inclut toutes les recettes collectĂ©es et les dĂ©penses effectuĂ©es par le gouvernement dans le cadre de ses fonctions Ă©conomiques et sociales.

Comptes Spéciaux du Trésor

Les comptes spĂ©ciaux du TrĂ©sor sont des comptes spĂ©cifiques gĂ©rĂ©s par l'État en dehors du budget gĂ©nĂ©ral. Ils sont utilisĂ©s pour des opĂ©rations financiĂšres particuliĂšres qui nĂ©cessitent une comptabilitĂ© distincte. Ils s'Ă©quilibrent en recettes et en dĂ©penses.

Budget Initial

Le budget initial correspond au montant arrĂȘtĂ© dans la loi de finances initiale. Son montant est Ă©gal aux recettes prĂ©vues, augmentĂ©e de l'emprunt envisagĂ© pour l'annĂ©e. En principe, l'emprunt n'est pas censĂ© ĂȘtre pris en compte dans le Budget, mais cette synthĂšse reflĂšte les chiffres validĂ©s par la Loi de Finances initiale 2024. L'autre particularitĂ© de ce budget 2024, c'est qu'il succĂšde Ă  un autre budget initial sans loi de finances rectificative entre les deux, malgrĂ© les gros Ă©carts entre les rĂ©alisations Ă  fin 2023 et les prĂ©visions de la loi de finances initiale. Une responsabilitĂ© conjointe du gouvernement sortant, de l'AssemblĂ©e nationale et de la Cour des Comptes, et un manquement qui en dit long sur le sĂ©rieux et la rigueur mis dans la tenue de nos comptes publics.

Recettes

Les recettes reprĂ©sentent l'ensemble des ressources financiĂšres perçues par l'État. Elles se divisent en deux grandes catĂ©gories : les recettes internes et les recettes externes.

Recettes Internes

Les recettes internes proviennent des ressources générées au sein du pays, incluant les impÎts, les taxes, les droits de douane, les redevances et les cotisations sociales. Elles sont cruciales pour le financement des dépenses publiques sans dépendre de l'extérieur.

Recettes Externes

Les recettes externes sont les ressources financiĂšres obtenues de l'extĂ©rieur du pays. Elles incluent les aides financiĂšres, les dons obtenus auprĂšs des institutions internationales ou des pays Ă©trangers. À ne pas confondre avec l'emprunt qui alimente la dette.

Dépenses

Les dĂ©penses regroupent l'ensemble des dĂ©caissements de l'État pour financer ses activitĂ©s et programmes. Elles se subdivisent en plusieurs catĂ©gories, incluant les dĂ©penses de fonctionnement et les dĂ©penses d'investissement, les intĂ©rĂȘts et commissions de la dette.

Déficit

Le dĂ©ficit budgĂ©taire survient lorsque les dĂ©penses de l'État excĂšdent ses recettes. Il indique un besoin de financement supplĂ©mentaire que le gouvernement doit combler, souvent par l'emprunt. Lorsque les dĂ©penses sont infĂ©rieures aux recettes, on parle d'excĂ©dent.

Emprunt

L'emprunt est une source de financement pour l'État lorsqu'il y a un dĂ©ficit budgĂ©taire. Le gouvernement emprunte des fonds sur les marchĂ©s financiers nationaux et internationaux pour couvrir ses besoins de financement. C'est ainsi qu'une Ă©mission d'Eurobonds a Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©e pour couvrir une partie de l'emprunt prĂ©vu dans la loi de finances 2024, arrĂȘtĂ© Ă  2138,4 milliards de FCFA. Notre synthĂšse montre clairement que cet emprunt, complĂ©tĂ© entre autres par les Droits de Tirages SpĂ©ciaux du FMI avec les conditions que l'on sait, sert beaucoup plus Ă  rembourser d'autres dettes qu'Ă  financer le dĂ©ficit et donc les investissements qui auraient dĂ» ĂȘtre le rĂ©ceptacle exclusif de la dette.

Amortissement

L'amortissement reprĂ©sente un montant versĂ© aux crĂ©anciers de l'État pour rĂ©duire l'encours de la dette. En principe, l'amortissement devrait se faire avec la croissance gĂ©nĂ©rĂ©e, grĂące aux recettes internes. Mais quand la dette contractĂ©e n'est pas utilisĂ©e Ă  bon escient pour alimenter de l'investissement productif mais exposĂ©e Ă  la gabegie et aux dĂ©tournements d'objectif, combinĂ©s Ă  l'absence d'Ă©valuation de son impact rĂ©el sur la croissance, elle ne servira qu'Ă  jouer aux pompes funĂšbres pour hyĂšnes - suul bukki sulli bukki, les SĂ©nĂ©galais comprennent.

IntĂ©rĂȘts de la Dette

Les intĂ©rĂȘts de la dette sont les paiements pĂ©riodiques effectuĂ©s par l'État pour rĂ©munĂ©rer les prĂȘteurs. Ils constituent une charge financiĂšre liĂ©e aux emprunts. Ils sont inclus dans les dĂ©penses ordinaires du budget gĂ©nĂ©ral ou dĂ©penses de fonctionnement.

Commissions de la Dette

Les commissions de la dette sont des frais additionnels associĂ©s Ă  la gestion et Ă  la souscription des emprunts. Elles incluent les frais de conseil, de garantie, et d'autres coĂ»ts financiers. Ces commissions, souvent noyĂ©es par abus de langage dans les appellations "charges financiĂšres de la dette" avec les intĂ©rĂȘts de la dette, sont de plus en plus Ă©levĂ©es car les intĂ©rĂȘts et commissions combinĂ©s dĂ©passent mĂȘme le principal remboursĂ© sur certains mois, avec des montants que ne saurait seul expliquer les taux d'intĂ©rĂȘt annoncĂ©s. Il serait utile que le gouvernement ou une commission d'enquĂȘte parlementaire se penche sur ces commissions pour en connaĂźtre la structure exacte et les bĂ©nĂ©ficiaires. On ne peut continuer Ă  verser des centaines de milliards de FCFA de commissions sans savoir exactement Ă  qui, Ă  quel titre et si le service rendu est Ă  la hauteur de ce coĂ»t exorbitant.

Service de la Dette

Le service de la dette englobe l'ensemble des paiements effectuĂ©s pour honorer les emprunts, incluant l'amortissement, les intĂ©rĂȘts et les commissions. C'est une part importante des dĂ©penses de l'État.

Dépenses de Personnel

Les dĂ©penses de personnel concernent les salaires et les rĂ©munĂ©rations versĂ©s aux fonctionnaires et employĂ©s de l'État. Elles constituent une part significative des dĂ©penses de fonctionnement.

Achats de Biens et Services

Ces achats couvrent les dépenses liées à l'acquisition de biens et de services nécessaires au fonctionnement des administrations publiques, tels que les voitures, les biens immobiliers, les voyages, l'organisation d'évÚnements.

Transferts Courants

Les transferts courants incluent les subventions, les dotations aux institutions constitutionnelles, aux entreprises publiques et aux collectivitĂ©s territoriales, les aides sociales et les autres paiements de transfert effectuĂ©s par l'État sans contrepartie directe.

Dépenses de Fonctionnement

Les dépenses de fonctionnement, ou dépenses ordinaires, regroupent l'ensemble des coûts nécessaires au fonctionnement courant des services publics. Elles incluent les salaires, les achats de biens et services, les transferts courants et la charge financiÚre de la dette.

Dépenses d'Investissement

Les dépenses d'investissement, ou dépenses en capital, concernent les fonds utilisés pour financer des projets à long terme, tels que les infrastructures, les équipements publics, et les programmes de développement. Elles visent à améliorer la capacité productive du pays.

Sources